Le TAI CHI CHUAN (en mandarin) ou TAI JI QUAN (en pin yin) est une discipline traditionnelle classée parmi les Arts Martiaux Chinois Internes. Son origine demeure assez floue et remonte loin dans le temps, probablement plusieurs millénaires quant aux prémices des arts internes et énergétiques, car les appellations actuellement en vigueur sont des créations modernes. L’histoire officielle la fait remonter au 17ème siècle, comme pour les autres arts internes, et l’attribue au général CHEN Wang Ting, du village de Chen Jia Gu dans la province du HONAN.
La légende l’attribue à l’ermite ZHANG San Feng (12ème siècle), du mont Wudang (province du HUBEI), qui aurait eu la révélation du Tai Chi Chuan après avoir observé le combat d’un oiseau et d’un serpent (combat soldé par la victoire du serpent qui, grâce à ses mouvements ondulants et circulaires, pouvait éviter toutes les attaques directes de l’oiseau… d’où la suprématie des mouvements circulaires sur les mouvements directs dans cette discipline où « tout est rond »).
Le style LI, d’essence taoïste ancienne remonterait aux environs de l’an 1000 avant J.C.
TAI CHI (JI) CHUAN (QUAN) signifie la « Boxe du Grand Faîte » car:
TAI : grand, voire ultime, sans limite
CHI : tout l’univers. C’est en premier lieu la poutre faîtière, mais aussi la notion de pivot, d’axe central autour duquel gravite l’univers. TAI CHI représente alors le Principe Premier de l’Univers, l’Unité Suprême.
CHUAN: le poing (boxe, combat), l’action (main qui travaille)
A l’origine, le Tai Chi Chuan est un art martial basé sur les principes de la philosophie « DO »(= la Vérité), et qui est doux, car il s’agit d’un long enchaînement de mouvements fluides et harmonieux visant à optimiser toutes les capacités (physiques et psychiques) du pratiquant.
Ainsi, la pratique du Tai Chi Chuan englobe réellement les 3 aspects suivants : Art de santé (rétablissement et entretien de celle-ci), Méditation en Mouvement (travail de Conscience) et Art Martial (technique d’auto Défense). Bien que ces 3 aspects soient imbriquées les uns dans les autres, le néophyte réalisera en premier l’impact positif de la pratique sur sa santé, puis verra ses facultés de conscience augmenter et débouchera enfin sur l’ art martial proprement dit.
De par sa définition même en tant qu’expression d’une philosophie, et de par les bienfaits multiples et à différents niveaux qu’il procure, le Taï Chi Chuan constitue beaucoup plus qu’un simple sport. Les raisons de ses nombreux bienfaits résident dans les règles de base de sa pratique, à savoir :
Le iuste placement du corps et la conscience de ce gue le pratiquant fait.Plus précisément :
la recherche de la_verticalité condition d’un meilleur rendement de l’unité biologique vivante :
au plan organique : les différents organes fonctionnent mieux et plus en harmonie entre eux.
au plan de la bio mécanique : parfait rapport effort fourni / efficacité de l’action engagée.
au plan spirituel: ouverture de la conscience (trait d’union symbolique Ciel-Terre)
la recherche du juste milieu (équilibre) entre le ni trop ni trop peu :
la tête droite, regard horizontal (ni vers le haut, ni vers le bas)
le cou étiré mais détendu (trop =raide, tête baissée; pas assez= menton en avant, nuque creuse)
le buste droit, étiré mais détendu (trop de tension= entrave le souffle et la libre circulation de l’énergie, mouvements saccadés ; trop détendu = mollesse, perte de tonus).
la poitrine effacée (trop bombée: signe d’arrogance; trop creuse: signe d’inhibition). Dans les deux cas, impossible de trouver la paix du cœur.
les épaules basses (englouties) et qui dessinent un arc de force sans être enroulées (=serrées)
les coudes maintenus en bas sans les serrer.
l’étirement lombaire_atténue la cambrure et permet la bascule du bassin en tirant le coccyx vers le bas, ce qui ouvre les hanches et amène de l’énergie au Tan Tien inférieur.
la recherche des enracinements en accord avec la hiérarchie symbolique et réelle Ciel-Terre et avec l’action de la pesanteur s’exerçant verticalement du haut (+léger) vers le bas.(+lourd):
l’ancrage au Ciel : il faut trouver la sensation d’être suspendu par le sommet du crâne, à l’image d’un fil à plomb.
l’enracinement sur la Terre: il faut sentir ses pieds collés au sol de tout le poids du corps, pour avoir de solides points d’appui, sans pour autant gêner les déplacements.
entre les deux: sentir à la fois les lignes (arcs) de force (le dos, les épaules et les 4 membres) et les zones corporelles tirant vers la Terre (bassin) ou vers le Ciel (épaules).
la recherche d’une pratique intelligente : pas d’entraînement aveugle, mais devenir conscient de ce que l’on fait, du pourquoi de la pratique, de son but et des processus mis en jeu :
développer sa sensibilité pour véritablement sentir ce qui se passe dans l’unité corps-esprit pendant la pratique
développer le Yi : cette faculté, proche de la pensée, comprend la capacité d’idéation ainsi que la conscience qui s’exprime par l’intention. L’esprit guide le corps = le Yi guide le Chi. Il s’agit d’un processus fondamental sans lequel toute espérance de maîtrise du Taï Chi Chuan est vaine.
développer le Chi (culture énergétique et non pas physique): augmenter son niveau d’énergie tout en sachant jouer avec les deux polarités énergétiques Yin (passivité, réceptivité, douceur) et Yang (dynamisme, expansivité, force) et les équilibrer (alterner relaxation et tension).
la recherche de l’incarnation véritable : habiter son corps pour véritablement ETRE. Autrement dit s’entraîner à rester en toute circonstance détendu, serein (=confiant en soi) mais présent, ici et maintenant (=ne pas faire mais vivre la pratique). Se sentir vivant et animé d’une grande force intérieure. Utiliser l’imagination pour cela, c’est le tout premier stade du Yi. Tout ceci permet de mieux saisir que la pratique du Taï Chi Chuan constitue une éducation du corps et de l’ esprit, les deux formant une unité indissociable. D’ailleurs la médecine traditionnelle chinoise distingue mais ne sépare pas les aspects physique et psychique de l’être humain : le bon ou mauvais fonctionnement d’ un organe retentit inévitablement sur l’émotion associée (entités viscérales ou âmes végétatives) et sur la faculté mentale correspondante. Ce qui fait parfois dire que l’origine de la force du Taï Chi Chuan est mentale par la prépondérance du Yi, contrairement aux arts martiaux externes privilégiant la force physique brute. Outre l’enchaînement lui-même, de nombreux exercices annexes peuvent se rajouter et compléter la pratique. Qu’il s’agisse d’exercices respiratoires ou d’exercices avec partenaires, qui deviennent très ludiques dès que les techniques de base sont assimilées. Ces derniers sont de trois sortes :
les mains collantes : pour améliorer la sensibilité, l’enracinement et la faculté d’adaptation et de réaction.
les pratiques martiales, notamment des séries de coup de pied : pour développer les capacités cardio-respiratoires, le coup d’œil et le sens de l’équilibre.
les applications des mouvements pour mieux les intégrer.
Il est bien évident que le choix des exercices et de l’intensité de la pratique dépend directement de l’état de santé des pratiquants ainsi que de leur catégorie d’âge. Le Taï Chi Chuan étant à la fois un exercice de Posture et de Conscience, les bienfaits dus à sa pratique s’avèrent très nombreux et couvrent tous les plans de l’être humain, du physique dense au plus subtil. Au vu de l’imbrication de·ces différents niveaux et de leur interdépendance fonctionnelle, tout impact sur l’un retentira automatiquement sur les autres. Il s’agit d’abord d’une hygiène de vie, tant physique gue psychique, qui :
au plan physique :
entretient et augmente les capacités :
du système musculaire (y compris tendons et ligaments : tonus et_élasticité) des articulations qui sont ouvertes, plus souples et s’usent moins
du système respiratoire (libération du souffle et ralentissement du rythme)
masse, stimule et harmonise les organes (foie, estomac, rate, intestins) par les puissants mouvements du diaphragme dans la respiration abdominale.
dynamise le corps par stimulation des points d’énergie.
favorise la circulation sanguine, notamment le retour veineux.
permet de trouver le centre de gravité, donc d’améliorer l’équilibre.
au plan neurologique
optimise la transmission de l’influx nerveux
améliore le fonctionnement :
du cerveau en activant des synapses et en « réveillant » des zones cérébrales « endormies ».
du cervelet, grâce aux nombreux mouvements bilatéraux.
au plan mental :
améliore la concentration, développe mémoire et coordination motrice.
donne une grande présence d’esprit.
au plan spirituel :
développe la sensibilité jusqu’à la Perception.
permet de se connaître soi-même par :
la conscience du corps et de son fonctionnement la maîtrise de son esprit par la maîtrise du Yi
peut permettre l’Ouverture du Conscient par la Méditation.
Pour synthétiser, les bénéfices de la pratique du Taï Chi Chuan se ressentent globalement dans toute la sphère psychophysiologique et se traduisent par un réel et agréable sentiment de mieux être procuré par un esprit sain dans un corps sain. En effet, le pratiquant jouit d’une meilleure santé physique(= bien dans son corps), et d’un meilleur équilibre émotionnel et mental(= bien dans sa tête). Il habite réellement son véhicule, et dispose d’un grand espace intérieur, car il se tient droit ef détendu. Son corps fonctionne au mieux, sans aucune gêne, comme s’il n’existait pas. De plus, si nécessaire, sa condition physique et sa maîtrise du Yi (Intention) et du Chi (Energie) lui permettent d’exprimer sa force à partir de son Centre dont il a pleinement conscience et de son Axe Vertical.
Sa gestuelle s’en trouve harmonieusement modifiée ainsi que par l’ouverture des articulations des hanches et des épaules : ses mouvements sont fluides, souples, exécutés avec un minimum d’énergie, efficaces, car tout son corps est unifié (centré).
Il a acquis au passage une grande habileté et une grande précision de geste, ainsi qu’une réelle aisance dans les déplacements, car il a parfaitement intégré son schéma corporel, développé la conscience du corps dans l’espace et acquis un excellent équilibre.
La libération du souffle, la pratique dans un état de détente de plus en plus profond, le travail de l’intention (plus douce que la volonté mais plus efficace) favorisent l’installation progressive d’un état de quiétude et de paix intérieure qui devient naturel.
L’hypersensibilité acquise peut déboucher sur la Perception, ce qui l’aide à anticiper (pré-voir). D’autant plus que sa concentration et sa mémoire ne sont pas en reste.
Certaines cliniques et maisons de retraite utilisent avec succès le Taï Chi Chuan pour ralentir le processus de vieillissement en préservant l’état général de leurs patients ou pensionnaires, pour la prévention des chutes , et pour lutter contre les effets de la maJadie d’Alzheimer.
Mais c’est dans la gestion du stress que le Taï Chi Chuan s’avère peut être le plus performant. Notamment grâce à la maîtrise de la respiration abdominale qui permet d’apaiser le cœur (= calme le feu du mental et fait retomber l’excitation émotionnelle) et de garder le tête froide. Cela désamorce les crises susceptibles d’ atteindre des états paroxystiques.
Le Taï Chi Chuan est donc une discipline idéale pour mieux se connaître, améliorer sa santé physique et psychique et se débarrasser de mauvaise habitudes ou de dépendances (alcool ou autres), car les facteurs internes appelant ces substituts n’existent plus (modification du « terrain » psycho somatique).
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